jeudi 27 juin 2024

ALF en coulisse

Le plateau est en pleine effervescence. Les membres de l'équipe se précipitent, ajustant les lumières et l'équipement. Des trappes parsèment le sol comme dans un champ de mines.

Paul Fusco, le marionnettiste et la voix d'ALF, est positionné derrière l'une des trappes, hors de vue.

Les acteurs Max Wright, Anne Schedeen, Andrea Elson et Benji Gregory se tiennent nerveusement à leurs marques, essayant d'éviter de regarder vers le bas.

Paul Fusco : (derrière la trappe) Bon, tout le monde. On refait cette scène. Et souvenez-vous, on ne regarde pas en bas!

Max Wright : (soupire, marmonnant) On a déjà fait cette scène dix fois...

Anne Schedeen : Respire, Max. On va y arriver.

Andrea Elson : Oui, on y arrive toujours.

Paul Fusco : (criant) Silence sur le plateau ! Et... action !

La scène commence, et les acteurs récitent leurs répliques.

Soudain, Anne recule légèrement et évite de justesse une trappe ouverte.

Elle trébuche mais se rattrape, regardant instinctivement vers le sol.

Paul Fusco : (furieux) Coupez ! Anne, tu as regardé en bas ! Il faut recommencer !

Anne Schedeen : (frustrée) Paul, j'ai failli tomber dans une trappe !

Paul Fusco : C'est pour ça que tu dois être savoir ou elles sont !

Max Wright : (perdant patience) C'est insensé, Paul. Ça fait des heures qu'on est là !

Paul Fusco : On doit faire les choses bien, Max. ALF doit être crédible.

Max Wright : (criant) C'est une marionnette, Paul ! Une marionnette ! Nous sommes de vraies personnes ici, risquant notre vie pour une série pour enfants !

Paul Fusco : (se levant, marionnette d'ALF en main) Et cette marionnette est la star de cette série ! Vous n'êtes que des personnages secondaires !

Max Wright : (s'avançant, livide) Nous sommes ceux qui font fonctionner cette série, Paul. Pas ce tas de tissus !

L'équipe observe en silence, choquée, tandis que la confrontation s'intensifie. Benji Gregory reste figé, les yeux grands ouverts.

Paul Fusco : (moqueur) Oh, donc maintenant tu te crois plus important qu'ALF ?

Max Wright : (furieux) Tu sais quoi ? J'en ai assez. Assez de toi, et assez de cette marionnette ! (jette son script) Je démissionne !

Max quitte le plateau en trombe, laissant tout le monde sous le choc. Benji commence à pleurer en silence de grosses larmes coulant sur son visage.

Anne et Andrea échangent des regards inquiets tandis que Paul reste là, fulminant.

Anne Schedeen : (doucement) Max, attends...

Max Wright : (sans se retourner) Non, Anne. J'en ai fini. Bonne chance pour la suite.

Max sort, claquant la porte derrière lui.

Le plateau plonge dans un silence malaisant.

Paul regarde le reste des acteurs et de l'équipe.

Tom, l'assistant producteur, s'avance.

Tom : (s'éclaircissant la gorge) Paul, il faut qu'on discute de la suite sans Max.

Mais Paul remarque les larmes de Benji et son expression se radoucit légèrement.

Paul Fusco : (soupirant) Tout le monde, faites une courte pause. Benji, viens ici un instant.

Les acteurs et l'équipe se dispersent, murmurant entre eux.

Paul s'agenouille à la hauteur de Benji, essayant de lui offrir un peu de réconfort.

Paul Fusco : Hé, petit. Je sais que c'est dur. Le départ de Max est difficile pour nous tous.

Benji Gregory : (reniflant) Pourquoi est-ce qu'il a dû partir ? Je ne comprends pas...

Paul Fusco : (se radoucissant) Parfois, les adultes ont des désaccords qu'ils ne peuvent pas résoudre. Mais on a encore du travail à faire. Peux-tu être fort pour moi et pour tout le monde ?

Benji hoche la tête, essuyant ses larmes. Anne et Andrea s'approchent, offrant leurs propres encouragements.

Anne Schedeen : (doucement) On va traverser ça ensemble, Benji. On est une équipe.

Andrea Elson : Exactement. On doit juste rester unis.

Puis Paul et Tom se déplacent dans un coin pour discuter.

Paul se tourne vers les acteurs et l'équipe, haussant la voix pour attirer leur attention.

Paul Fusco : D'accord, tout le monde. Voici le plan. Nous réécrivons le scénario. Les scènes de Max seront réécrites ou coupées.

Dépêchons-nous, nous avons un emploi du temps serré.

Toute l'équipe soupire.

Les scénaristes s'activent pour ajuster le script tandis que les acteurs restants se préparent pour leurs nouvelles scènes.

Anne et Andrea se rassemblent, discutant de leurs rôles mis à jour.

Andrea Elson : (soupirant) Ça va être difficile sans Max.

Anne Schedeen : (résolue) On va y arriver. On doit le faire.

L'équipe prépare une nouvelle scène avec ALF et les personnages restants.

Paul Fusco : (déterminé) À vos places, tout le monde ! Faisons en sorte que ça marche.

Les caméras tournent et malgré les défis, ils avancent, portés par le professionnalisme et un engagement envers le spectacle.

Pendant ce temps, Max Wright est assis dans sa voiture, serrant le volant fermement. Ses mains crispées et son visage est un mélange de colère et de frustration.

Il frappe le tableau de bord de son poing, le bruit résonnant dans l'espace clos.

Max Wright : (marmonnant) Cette fichue marionnette... et Fusco. J'en ai marre.

Il démarre la voiture et s'éloigne du studio, l'esprit en ébullition.

Des scènes du plateau défilent dans sa tête : les remises à zéro constantes, la tension, le visage de Paul Fusco, et le choc sur les visages de ses collègues.

Max se gare sur le côté de la route, respirant lourdement.

Il repose sa tête sur le volant, une vague de regret l'envahissant.

Max Wright : (murmurant) Qu'est-ce que j'ai fait ?

Il prend une profonde inspiration et relève la tête, regardant par la fenêtre. La réalisation de ses actes commence à s'imposer.

Max Wright : (pensant) J'ai abandonné les autres. Anne, Andrea... Et Benji. Ce pauvre gamin...

Les pensées de Max glissent vers le visage en larmes de Benji Gregory. Le souvenir du jeune acteur pleurant en silence sur le plateau lui serre le cœur.

Max Wright : (soupirant) Je les ai laissés tomber. Je me suis laissé tomber.

Il atteint une cabine téléphonique, hésitant un moment avant de composer un numéro. Le téléphone sonne, mais il raccroche avant que quelqu'un ne réponde.

Max Wright : (frustré) Je ne peux pas juste les appeler et dire désolé. Ce n'est pas si simple.

Max reste silencieux quelques instants, pesant ses options. La colère et la frustration cèdent peu à peu la place à un profond sentiment de responsabilité et de culpabilité.

Max Wright : (résolu) Je dois réparer ça.

Il redémarre la voiture et conduit, retournant vers le studio. En approchant de l'entrée, il ressent un mélange d'appréhension et de détermination. Il se gare et reste un moment assis, rassemblant ses pensées.

L'équipe est en train de filmer une scène réécrite.

Anne, Andrea et Benji font de leur mieux pour maintenir l'énergie, mais l'absence de Max est palpable.

Paul Fusco, toujours derrière la trappe, semble plus concentré mais la tension est toujours présente.

Paul Fusco : (derrière la trappe) Et... action !

La scène continue, mais il y a une tension perceptible dans les performances.

Soudain, la porte du studio s'ouvre et Max entre.

Le plateau se tait alors que tout le monde se tourne vers lui.

Anne Schedeen : (surprise) Max ?

Max Wright : (prenant une profonde inspiration) Paul... tout le monde... je suis désolé. Je n'aurais pas dû partir comme ça.

Paul émerge de derrière la trappe, son expression impassible.

La tension dans la pièce est palpable, mais il y a une lueur de compréhension dans ses yeux.

Paul Fusco : (soupirant) Max, ce n'est facile pour aucun de nous. Mais nous devons faire en sorte que ça marche, ensemble.

Max Wright : (hochant la tête) Je sais. J'ai laissé ma frustration prendre le dessus. Mais je suis là maintenant, et je suis prêt à travailler. Si vous voulez bien de moi.

Anne, Andrea et Benji échangent des regards soulagés.

Benji s'avance.

Benji Gregory : (doucement) Nous sommes une équipe, Max. Nous avons besoin de toi.

Max s'agenouille à la hauteur de Benji, lui donnant un sourire rassurant.

Max Wright : Et j'ai besoin de toi aussi, Benji. De vous tous.

Paul regarde autour de lui les acteurs et l'équipe

Paul Fusco : D'accord, tout le monde. On refait la scène. Max est de retour, et on va faire de cet épisode le meilleur.

L'équipe se remet rapidement en place, une nouvelle énergie et détermination envahissant le studio.

Les caméras tournent, et les acteurs livrent leurs répliques avec une sorte de confiance et d'unité retrouvées.

Max et Paul se regardent dans les yeux, une trêve temporaire ne tenant qu'à un fil.

La scène reprend, mais une tension sous-jacente parcourt le plateau.

Tous continuent, chacun hyper-conscient de la fragilité de leur unité.

Au fur et à mesure que les heures passent, l'épuisement s'immice dans les performances.

Les blagues sur la marionnette commencent à ressembler à des rappels sinistres de l'absurdité dans laquelle ils sont piégés.

Paul Fusco : (irrité) Coupez ! Max, tu as encore raté ta réplique.

Max Wright : (sourire forcé) Désolé, Paul. J'essaie juste de rendre ça crédible.

Paul serre les dents, et la scène est encore une fois retournée.

Les mouvements de l'équipe deviennent mécaniques, les yeux fatigue d'épuisement.

Benji, peinant à rester composé, regarde anxieusement les adultes.

Finalement, ils terminent pour la nuit.

Le plateau tombe dans un silence fatigué.

Max Wright : (marmonnant pour lui-même) Encore une journée de passée.

Il rassemble ses affaires, ses pas lourds se dirigeant vers la porte.

Paul le regarde partir, une lueur de doute traversant son visage avant qu'il ne retourne à son script.

Dans le parking, Max s'arrête, regardant en arrière vers le studio.

Il secoue la tête, le poids de la journée pesant sur lui. Il monte dans sa voiture et s'éloigne, le studio disparaissant dans la distance derrière lui.

À l'intérieur, Paul s'adresse au reste de l'équipe avec un enthousiasme forcé.

Paul Fusco : (souriant avec retenue) Bon travail aujourd'hui, tout le monde. 

Reprenons de plus belle demain.

Les derniers restants hoche la tête sans conviction, se dispersant en murmures.

Le plateau, autrefois animé par une énergie pleine d'espoir, ressemble maintenant à une ville fantôme.

Alors que la nuit s'approfondit, Paul s'assoit seul avec la marionnette d'ALF, la pièce étrangement silencieuse.

Paul Fusco : (chuchotant à la marionnette) Nous allons traverser ça. Il le faut.

Mais même lui n'en est plus sûr.

Dehors, les lumières néon de la ville défilent devant la fenêtre de Max.

Il conduit sans but, sur la route déserte, ses pensées chaotiques.

Le sentiment de victoire qu'il avait ressenti en retournant sur le plateau a disparu, remplacé par une résignation creuse.

Max Wright : (à lui-même) Que suis-je en train de faire de ma vie ?

Il n'a pas de réponse.

La série continue, mais les fractures sous la surface s'approfondissent, et tout le monde le sait.

De retour au studio, les lumières s'éteignent une à une, plongeant le plateau dans l'obscurité.

Une autre journée de cette masacarade s'est terminée, mais les luttes réelles demeurent, non résolues et s'envenimant dans le silence.

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